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LES LECTURES DU MOUTON
23 janvier 2017

Un silence assourdissant – Ma participation à l’atelier d’écriture #250 de Leiloona (Bricabook)

Leiloona organise chaque semaine des ateliers d'écriture. Tous les mardi/mercredi, elle met en ligne sur son blog une photo qui doit permettre d'éveiller l'imagination et mettre ainsi en place un processus d'écriture. Les participants doivent ensuite fournir un texte le dimanche soir qui suit. Le lundi matin, Leiloona les publie ou met les liens des différentes participations. 

valentine-goby-paysage

©Valentine Goby 

Il me tenait à cœur que tu reposes ici, dans ce paysage qui a baigné notre enfance. Te souviens-tu de ces fantastiques moments estivaux où nous courions à en perdre haleine sur ces vastes plaines et pâturages ? Te rappelles-tu nos goûters pris sur d’immenses pierres calcaires, admirant la naissance des Alpes ? Qu’est-ce que nous étions heureux de quitter ces affreuses tours des quartiers Nord pour rejoindre papi et mamie dans leur maison du Vercors ! Nous avions l’impression de renaître, de tout redécouvrir d’un œil neuf. Deux frères animés d’une joie nouvelle, vivant dans la féerie et la sérénité. Pourtant, ce lieu n’a pas connu que le calme…

Aujourd’hui encore, je retrouve cette sérénité. Tu viens juste d’être mis en terre mais je me sens comme apaisé en admirant ce paysage. Pourtant, je ne connais pas le Vercors en hiver. Je ne savais pas que ces terres gelées aux vallées humides et baignées dans le brouillard seraient aussi belles qu’en été. Le soleil qui vient juste de se lever renforce le caractère magique et apaisant du lieu. Une nappe de brume, un silence de mer. Pourquoi n’avons-nous jamais pu vivre tout le temps ici ? Papa et maman savaient bien que rien de bon ne pouvait sortir de ces immenses barres de béton. Bien sûr, comme tous les gamins, nous pensions être un jour des élus, être par exemple les nouveaux Zinedine Zidane. La coupe du monde 98 ne nous avait pas aidé à garder les pieds sur terre. Et pourtant, la dure réalité nous avait vite rattrapés. Oh évidemment, tout le monde ne finit pas mal là-bas mais nous, nous étions restés sur le bas-côté, errant dans les mauvais endroits avec les mauvaises personnes.

Aujourd’hui, c’est trop tard : tout a mal tourné, nous avons mal tourné et nous en payons le prix, surtout toi. Tu es là, dans cette boîte, six pieds sous terre, dans ce magnifique paysage calme. J’espère seulement que plus rien ne troublera ton repos, ta dernière demeure. J’espère que personne n’aura l’audace de t’y extraire un jour pour profaner ton corps et ce cercueil dont les parois seront probablement lacérées de tes ongles.

©Virginie Vertigo

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Commentaires
V
J'aime beaucoup! Le décalage entre le calme, la douceur de l'enfance loin des tours et de la dure réalité avec ses rêves inaccessibles, qui poussent certains dans de mauvaises directions. MERCI
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A
Oh la la, les sentiments sont violents, amertume, regrets, chagrin. Peut-être encore pas mal d'illusions, de confusion entre le paradis de l'enfance et la réalité de la campagne, pas aussi idyllique au quotidien.<br /> <br /> Un texte fort.
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N
Waouuuu ! Un texte poignant et réussil avec ce jeu de contrastes ! Bravo
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L
Quel contraste entre ce paysage et la vie menées par les protagonistes. A l'abri du danger chez papi et mamie. Mais accalmie de courte durée. La banlieue n'est pas aussi calme...
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L
Oh ... suis en plein dans le Manoukian et ça m'a rappelé une des réflexions : qu'est-ce qui a fait que certains tout petits ont mal tourné ... et se sont engouffrés dans des extrêmes ... Tes tours m'y ont fait penser.
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