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LES LECTURES DU MOUTON
25 février 2018

« Les justes » d’Albert Camus

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« DORA. Une seconde où tu le regarderas ! Oh ! Yanek, il faut que tu saches, il faut que tu sois prévenu ! Un homme est un homme. Le grand-duc a peut-être des yeux compatissants. Tu le verras se gratter l’oreille ou sourire joyeusement. Qui sait, il portera peut-être une petite coupure de rasoir. Et s’il te regarde à ce moment-là…

KALIAYEV. Ce n’est pas lui que je tue. Je tue le despotisme.

DORA. Bien sûr, bien sûr. Il faut tuer le despotisme. Je préparerai la bombe en scellant le tube, tu sais, au moment le plus difficile, quand les nerfs se tendent, j’aurai cependant un étrange bonheur dans le cœur. Mais je ne connais pas le grand-duc et ce serait moins facile si, pendant ce temps, il était assis devant moi. Toi, tu vas le voir de près. De très près…  »

Voilà une lecture qui me permet à la fois d’honorer mon Reading Classics Challenge 2018 mais également mon défi personnel Un dimanche russe.

D’Albert Camus, je connaissais bien évidemment L’étranger et La Peste. Cependant, je n’avais encore jamais lu une de ses pièces. La chose est enfin réparée. Je suis d’autant plus contente d’avoir choisi une pièce de théâtre que je n’en avais pas lu depuis des lustres alors que c’est un genre que j’adore. Mes meilleurs souvenirs de lecture quand j’étais ado provenaient souvent de pièces : Rhinocéros d’Ionesco, Victor ou les enfants au pouvoir de Roger Vitrac etc.

Les Justes est une pièce en cinq actes représentée pour la première fois le 15 décembre 1949 au théâtre Hébertot avec comme acteurs Serge Reggiani, Michel Bouquet ou encore Maria Casarès.

Nous sommes à Moscou en 1905. Un groupe de cinq terroristes socialistes russes organise un attentat contre le grand-duc Serge, oncle du tsar. L’attentat est prévu pour une soirée où il se rend au Bolchoï. Mais, Kaliayev, chargé de lancer la bombe sur le convoi du grand-duc, se retrouve à l’instant T face à un dilemme moral.

La pièce se déroule principalement dans un appartement loué par les terroristes mais aussi dans un autre lieu que je tais pour ceux qui n’ont pas lu et veulent lire la pièce.

Si ce n’est pas une pièce historique, elle emprunte bien évidemment à des faits historiques réels. La Russie connaît depuis le début du XXe siècle une grave crise avec une multiplication des émeutes et grèves, amenant le tsar Nicolas II à promulguer les lois fondamentales en 1906 pour mettre fin à toute rébellion et tentative de renversement du pouvoir.

Tout l’enjeu de la pièce se situe au niveau du titre, Les Justes. Qu’est-ce qui est juste de faire ? Est-ce que tuer pour un monde meilleur est la solution ? Est-ce qu’il y a une limite aux actes terroristes, une limite aux moyens à employer pour une société plus juste ? Pour autant, Camus se garde bien de donner un avis véritablement tranché sur ces questions. Le théâtre est pour lui un engagement politique mais aussi une façon d’ouvrir le public à la réflexion. Comment ne pas y voir aujourd’hui des thèmes d’une cruelle actualité ?

Un « Camus » que je suis bien contente d’avoir découvert. 

Un dimanche russe

Albert Camus – Les justes – Folio théâtre – 220p

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