Leiloona organise chaque semaine des ateliers d'écriture. Tous les mardi/mercredi, elle met en ligne sur son blog une photo qui doit permettre d'éveiller l'imagination et mettre ainsi en place un processus d'écriture. Les participants doivent ensuite fournir un texte le dimanche soir qui suit. Le lundi matin, Leiloona les publie ou met les liens des différentes participations.

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©Leiloona

Mi amor,

Le temps est splendide aujourd’hui. Il l’est toujours mais ce matin il a une saveur particulière. Le soleil inonde la baie, illuminant les murs blancs des habitations. L’océan semble accompagner cette chaleur estivale – il est calme, d’huile. Un seul phénomène vient perturber cette langueur matinale : un paquebot. Il vient de quitter le port et trace son sillon avec détermination. C’est ce navire qui m’a donné envie de regarder par la fenêtre quand j’ai perçu au loin la corne de brume. A chaque fois que je vois un paquebot, je pense à toi mi amor. Je me remémore notre rencontre quand moi, petite étudiante hispanophone, j’ai débarqué à Marseille. J’avais eu la folie de venir boire un verre dans un bar en plein PSG-OM et, dans cette ferveur sportive, tu étais venu me parler. Malgré nos accents prononcés, mon fragnol et ton parler marseillais, nous avions vite trouvé notre mode de communication. Et puis, certaines choses se disent autrement. Souvent, après mes cours à la fac et tes heures au resto, nous nous promenions tous les deux dans la ville. Nous allions fréquemment jusqu’au cap Janet pour admirer les paquebots. Tu voulais qu’on parte un jour ensemble. On aurait tout claqué, vidé nos comptes en banque, on n’aurait plus donné signe de vie à quiconque.  Ce rêve s’est réalisé en partie. Tu es venu un dimanche me voir et tu m’as annoncé que tu partais. Tu avais trouvé un poste de chef de rang dans une des compagnies de croisière. C’était une opportunité rare, il fallait la saisir. A aucun moment tu ne m’as proposé de tout claquer. J’ai fini par poser la question :

« ¿Y cuándo volverás ? (Quand reviendras-tu ?)

Un día o jamás. » (Un jour ou jamais)

D’un pas décidé, sans te regarder ni te dire au revoir, je suis partie. Tu n’as pas cherché à me retenir. Je me doutais que cela arriverait – même si j’avais toujours eu de l’espoir – je te savais trop libre pour rester attacher à quelqu’un. Je pense que je t’avais déjà pardonné quand je suis montée dans l’avion pour revenir chez moi. Je n’aurais jamais dû prendre cet avion, j’aurais dû moi aussi prendre un paquebot et voguer au loin.

 La clé dans la serrure vient interrompre sa rêverie. La porte s’ouvre :

« Desayuno. Ponga las manos detrás de su cabeza y arrodíllese ! » (Petit-déjeuner. Mettez-vous à genoux, les mains sur la tête)

Elle s’exécute. Ils posent le plateau sur la table.

« Volveremos en treinta minutos » (Nous revenons dans trente minutes)

La porte claque. A nouveau le bruit de la clé dans la serrure. Elle jette une dernière fois un regard sur la baie à travers les barreaux. Le paquebot a disparu. Elle ne prendra pas son petit-déjeuner. Elle ne reviendra pas, elle est si loin déjà.

Trente minutes plus tard, su cuerpo est una cuerda ahogando los sentimientos. Pero su espíritu es un barco que navega libremente. Por siempre jamás. (son corps est une corde qui étouffe les sentiments. Mais son esprit est un bateau qui navigue librement. A tout jamais).

©Virginie Vertigo

Cette semaine, j’ai voulu, folle que je suis, mêler de l’espagnol même si je sais que cette photo provient de Madère donc monde lusophone. Je m’excuse d’avance auprès des hispanophones pour les éventuelles fautes en espagnol : n’hésitez pas à me les signaler d’ailleurs. Je tiens à préciser que je me suis inspirée aussi de deux chansons : Mil Pasos de Soha (Merci Eirenamg) et El Fallo positivo de Mecano pour un passage (Notons que cette dernière chanson évoque un sujet bien différent).